Les éclipses sont des invitations à entrer dans une autre temporalité, là où l’enchaînement causal des événements est suspendu. Chercher à comprendre la cause nous détournerait d’entendre, dans les profondeurs de notre être, les réponses que nous cherchions.
Les Pleines Lunes sont des mises en lumière. Mais lorsque la Lune est éclipsée, il devient possible de voir se révéler en nous, au-delà des vagues émotionnelles et des sensations de flou, une forme de parchemin invisible : des images qui viennent s’imprimer dans les profondeurs de notre être pour révéler ce qui n’est pas forcément accessible à la conscience. Comme le dit Erlewine*, cela apparaît comme un rouleau sacré placé en nous.
La Lune s’efface comme si elle nous libérait aussi de cette mémoire poissonienne, de cette nostalgie d’un ailleurs qui parfois nous empêche d’être présents, qui nous donne l’envie de fuir ce monde et cette réalité.
Derrière ces attachements lunaires, ces mémoires si profondément inscrites en nous, peut-être touchons-nous une autre strate de la mémoire : celle de notre essence sacrée, celle — si chère aux anciens — de ces daïmons qui guidaient notre âme pour nous rappeler le fil de la destinée que nous avions choisi.
En temps d’éclipses, les expériences, les ressentis, même bouleversants, viennent souvent remuer : clore un chapitre, délier certains liens, pour nous révéler notre essence oubliée.
Les anciennes traditions, notamment orientales, pensaient que ces visions pouvaient être des pivots de destinée : elles marquent un « avant et après », un point de bifurcation qui peut nous détourner d’habitudes anciennes ou, au contraire, enclencher un nouveau mouvement.
Le Soleil, même conjoint au Nœud Sud, nous demande d’accepter et de transformer les ombres vierges du jugement critique, de l’épuisement d’être utile, du fardeau du quotidien. Avec Mercure presque en Cazimi (exact Samedi 13 septembre), il révèle la beauté du scribe : la Vierge nous aide à distinguer ces visions qui n’ont pas encore de forme, à recueillir, comme des éclats de messages, des signes précis pour ancrer dans nos réalités cet appel. Cela peut être petit : un ajustement, un nouveau geste envers soi, une nouvelle posture.
Ici, Mercure traduit l’inspiration diffuse en pensée articulée, il inscrit la trace dans l’argile de nos vies quotidiennes.
Les éclipses nous révèlent toujours nos postures de funambules entre ciel et terre : résister au vertige de la dissolution, rester présents sans fuir, et, de ce fragile équilibre, construire un ordre intérieur. Pour Erlewine, les traditions tibétaines considéraient les éclipses comme des temps d’alignement intérieur, où les vents subtils se réorganisent. Dans cette éclipse, c’est comme si nos vies quotidiennes, notre individualité se raffinaient pour être plus proches encore de notre essence.
Après l’éclipse, Le soleil en sextile à Jupiter, et Mercure en sextile à jupiter ( vendredi, samedi) couplé du Cazimi, ouvre un canal de clarté, les premières révélations entrevues dans l’ombre de la Lune commencent à se formuler, comme si la vision se déployait, prenait de l’ampleur, devenait partageable. C’est un temps pour écrire, nommer, transmettre pour laisser la sagesse aperçue lors de l’éclipse s’inscrire dans nos vies avec plus de cohérence.
Caro xxx
* Bibliographie: Michael Erlewine , Vision of the Eclipse: The Astrology of Lunations, 2015. Independant Publisher.